Histoire du Rosaire
Le frère dominicain Alain de la Roche a joué un rôle central dans le développement historique du Rosaire. Il a structuré la prière du Je vous salue Marie, répétée 150 fois, en trois ensembles correspondant aux mystères de l’Incarnation, de la Passion et de la Résurrection de Jésus-Christ. En tant que prédicateur, il a largement diffusé la prière du Rosaire parmi les fidèles, notamment en fondant une Confrérie du Rosaire à Douai vers 1468, laquelle fut approuvée par l’Ordre des Prêcheurs en 1470. La tradition qui attribue à saint Dominique la réception du chapelet de la Vierge Marie repose en partie sur les visions mariales du frère Alain, qui s’inspirait également des confréries mariales déjà propagées par les Dominicains.
Un autre moment clé dans l’histoire du Rosaire fut la création d’une Confrérie du Rosaire au couvent dominicain de Cologne par le frère Jacques Sprenger en 1475. Cette confrérie, ouverte à tous les chrétiens sans distinction de sexe, de statut social ou d’état de vie, mettait l’accent sur la solidarité spirituelle : chaque membre bénéficiait des fruits spirituels de la prière collective. Soutenue par des indulgences papales, la prière du Rosaire devint de plus en plus populaire, et les confréries, souvent établies dans les couvents dominicains, se répandirent dans toute la chrétienté.
Au XVIᵉ siècle, l’Ordre des Prêcheurs renforça son lien avec le Rosaire. Le pape Pie V, lui-même dominicain, joua joué un rôle décisif en confirmant, par la bulle Consueverunt de 1569, la forme définitive du Rosaire comme une méditation de l’Évangile avec Marie. Il accorda également aux Dominicains le privilège exclusif d’établir des Confréries du Rosaire. Lors du Chapitre Général de 1574, l’Ordre désigna le Rosaire comme son “saint héritage” et exhorta ses membres à le promouvoir activement dans leur prédication. Parmi les figures marquantes de cette mission, le frère italien Timothée Ricci introduisit en 1629 la pratique du “Rosaire perpétuel”, où les membres des confréries se relayaient pour prier le Rosaire en continu tout au long de l’année.
Un ajout significatif à cette tradition millénaire fut réalisé par le pape saint Jean-Paul II en 2002. Dans sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, il introduisit un quatrième groupe de mystères, les Mystères Lumineux. Ces cinq nouveaux mystères, qui s’insèrent entre les mystères joyeux et douloureux, invitent les fidèles à méditer sur des moments clés de la vie publique de Jésus : son baptême, les noces de Cana, l’annonce du Royaume, la Transfiguration et l’institution de l’Eucharistie. Ce développement enrichit le Rosaire en offrant une perspective plus complète sur la vie du Christ et en soulignant son rôle de lumière pour le monde.
Aujourd’hui, le Rosaire demeure un pilier de la prédication dominicaine. Grâce à des livres, des revues, des sites web, des blogs et d’autres médias, les frères, sœurs et laïcs dominicains continuent de le promouvoir. Le site officiel du Rosaire pour l’Ordre, rosarium.op.org, offre des ressources pour approfondir cette prière. La contemplation des mystères du Verbe incarné, en communion avec la Vierge Marie, est vivement encouragée : elle procure une paix intérieure, une sérénité profonde et une unité spirituelle avec Dieu.